roman graphique, etc.

mardi 1 novembre 2011

Bons points modernes

de Vincent Sardon
L'Association
30 planches


Ce livre s'adresse aux enseignants qui souhaiteraient revenir à la bonne vieille pratique de la récompense au mérite. Toujours avec bon goût. 


Onze ans après Mormol, Sardon signe un nouvel ouvrage à L'Association sous son identité pas secrète du "Tampographe" (le gars fabrique donc des tampons). Les Bons points modernes présentent au public une partie de son travail, sous forme de vignettes imprimées en deux couleurs. Ce n'est pas, à proprement parler, un livre, mais 30 planches (cartonnées) de huit bons points à découper et à distribuer aux bolos de la classe. Soit 240 vignettes.
© Sardon/L'Association 2011


L'humour très grinçant du Tampographe ne plaira pas à tout le monde mais, pour les moins sensibles, comme les fonctionnaires de l'Éducation Nationale, les bons points d'exception, à offrir ou à garder pour sa gueule, sont un incontournable. 
L'objet est une façon ludique, mais un peu légère (on en voudrait plus), pour aborder le travail de Sardon. Un échantillon, en quelque sorte, de sa production qui comprend beaucoup de détournements de textes et d'images (gravures anciennes, peintures), des tueurs en série et tout plein de vulgarités. Ce n'est évidemment pas exhaustif.




© Sardon/L'Association 2011

Sardon, comme il le dit lui-même, met la dernière main à un ouvrage plus complet qui regroupera ses travaux des quatre dernières années : textes, dessins, photos, pâtisseries, tampons. Ça s'annonce bordélique et passionnant. J'ai hâte. 






On n'en saura donc plus en janvier prochain, à l'occasion de la parution de ce deuxième opus, chez le même éditeur. Achetez Sardon.


Je m'excuse par avance pour cette mise en page dégueulasse, mais Blogger est définitivement une plateforme de merde.

jeudi 13 octobre 2011

En route pour le Goncourt

de Kierzkowski et Ephrem
Cornélius
80 pages


Pour accompagner la rentrée littéraire, une bédé raconte les affres de la création littéraire. Ou comment un auteur débutant compose avec la détermination et l'ego.


Difficile de se mettre à l'écriture d'un best-seller. Surtout lorsqu'il s'agit d'un premier roman. La persévérance et l'abnégation sont primordiales, autant qu'une confiance en soi en béton armé. 
C'est ce que vit le personnage d'En route pour le Goncourt tout au long des strips de trois cases du bouquin, fonctionnant sur le principe oubapien de l'itération iconique partielle, i.e. un certain nombre de cases (dont seuls quelques détails changent) sont utilisées en combinaison pour créer des séquences narratives*, du gag en l'occurrence. Ça évite aussi au dessinateur de trop avoir à se faire chier. 


© Kierzkowski-Ephrem/Cornélius 2011

Notre protagoniste se met donc en tête de devenir au moins l'égal d'Amélie Nothomb, sans jamais se décourager, même dans l'adversité de la page blanche ou face à la lettre de refus de l'éditeur. Po-si-tif. Et d'une bêtise candide qui confine au génie. Les auteurs et les éditeurs n'ont qu'à bien se tenir (même s'ils sont morts), ça égratigne.
Les gags sont intelligents et font mouche, alternant l'absurde, le potache, le graveleux, sans laisser de répit au lecteur. Le livre s'adresse aux amis de la littérature et à ceux qui cherchent un guide pratique du primo-romancier. Par ailleurs, si vous travaillez dans la chaîne du livre, ça marche encore mieux...


© Kierzkowski-Ephrem/Cornélius 2011

Kierzkowski et Ephrem en sont à leur premier essai, suite à une parution des strips sur leur blog (le Journal de la Création) il y a quelques années. Les reverrons-nous? Peut-être, peut-être pas. Chacun ayant d'autres choses à faire (obtenir un Goncourt ou la médaille Fields, par exemple).


Sortie en librairie le 27 octobre.
Je ne parle jamais d'argent, ça fait mauvais genre.


* L'itération iconique partielle est une des contraintes génératrices définies par Thierry Groensteen et ses copains de l'Oubapo (OUvroir de BAnde dessinée POtentielle). Pour les détails, voir Oubapo, vol.1 (et suivants), publié à L'Association en 1996. Pour des exemples concrets : Moins d'un quart de seconde pour vivre, de Trondheim et Menu (L'Asso, 1991), le Dormeur de (décidément, un jeune auteur plein de talent) Lewis Trondheim (Cornélius, 1993). 

mercredi 5 octobre 2011

Afghanistan

Collectif
Flblb
208 pages


C'est la rentrée! Beaucoup de sorties après un été plutôt calme et peu de temps pour lire (et le travail, et les problèmes et j'ai mal à ma jambe). Alors, beaucoup de lecture de résumés dans divers magazines gratuits et, à la vue de quelques titres de ce mois de septembre, une idée : créer une rubrique "la bouse du mois" parce qu'il est salutaire, autant que d'avoir un bon transit intestinal, de pouvoir dire du mal de temps en temps.




J'avais une affection particulière pour les éditions Flblb, surtout pour leur série Petite histoire des colonies françaises, vraiment marrante et bien foutue. Que n'ai-je vu sur une table de librairie les récits de guerre d'Afghanistan? Six jeunes auteurs ont été recrutés pour parler de la guerre, du quotidien des soldats, des civils, dans des histoires qui "mettent à distance le conflit par l'imaginaire, l'humour, le regard critique ou l'émotion et nous aident sinon à comprendre cette guerre, du moins à ne plus l'ignorer" (extrait du résumé de l'éditeur).
On est donc en face d'un livre d'éditeur, conjuguant sans fausse note une double mauvaise idée : 1) choisir la guerre parce que ça fait vendre et 2) constituer un casting de jeunes auteurs qui n'y connaissent rien et qui n'ont, pour certains, même pas fait leur service militaire, en garantissant la légitimité de leurs récits par le fait qu'ils soient "documentés". Déjà, sur le papier, je ne suis pas client.

Effectivement, l'intérieur ne m'a pas donné tort. Le sous-titre "récits de guerre" revêt tous les atours du chantage au réel : les histoires sont superficielles, recyclent les poncifs, manquent de fond et seraient transposables à n'importe quel conflit. Le sujet sent fort le prétexte à faire un livre, et son traitement poussif ne réussit pas à nous faire croire qu'il (le sujet) en est à l'origine. Aurait-on oublié le vieux principe du "on ne parle bien que de ce qu'on connaît", chez Flblb? Au moins une chose sur laquelle on ne ment pas au lecteur : la mise à distance. On est trrrès à distance. Qu'on ne se trompe pas, ce n'est pas la Guerre d'Alan, ni Opération mort, ni Gen d'Hiroshima, ni même du Joe Sacco. 




Notons que, l'objet n'étant pas le sujet, si je ne trouve pas le livre réussi, ça ne veut pas dire que je considère ses auteurs mauvais. Juste qu'ils se sont engagés dans un truc pas cohérent. Allez voir leurs travaux en direct pour vous faire une idée. Lisa Lugrin, Clément Xavier et Maxime Jeune animent le collectif Na qui édite la revue bimensuelle l'Épisode, Robin Cousin (la jeunesse de Billy-Bob Johnson) participe au collectif Les Machines, un micro-éditeur qui fait de très beaux livres à la main.


Voilà, c'était la bouse du mois de septembre. C'était Afghanistan ou P'tit Boule et Bill, parce que ça, c'est pire, mais on ne traite ici (pres)que de roman graphique. C'est dit.

vendredi 19 août 2011

Coucous Bouzon

d'Anouk Ricard
Gallimard (Bayou)
96 pages



Qui pense encore qu'Anouk Ricard est une illustratrice jeunesse? Qu'elle écrit des histoires toutes meugnonnes pour les ptites nenfants avant qu'ils aillent à dodo, avec des jolis bonshommes que c'est des animaux? Hm? Grave erreur! Elle nous prouve encore une fois en s'attaquant au monde de l'entreprise, façon The Office à la sauce Ricard... 






Ric(h)ard cherche du travail et se rend à un entretien d'embauche chez Bouzon, fabricant de coucous suisses. À moins qu'il n'ait mis les pieds dans un univers parallèle ou une maison de fou? Il y sera engagé après quelques formalités. "Vous pouvez toucher vos pieds jambes tendues? C'est quoi ce papier de merde? Vous pourrez apporter un ordinateur?". Pendant qu'il tente de faire sa place, Richard apprend que son prédécesseur a disparu, comme ça. Sans préavis. Aidé de Sophie, la secrétaire, il mène l'enquête... 


Véritable ode à l'absurde et au non-sens, Coucous Bouzon dépeint un univers clos dans lequel les bizarreries que l'on croise en entreprise ou (surtout?) dans l'administration sont poussées à l'extrême : chef fantasque, réunions inutiles, comportements sociopathes, règlement abscons, etc.


Après l'inénarrable Commissaire Toumi (éd. Sarbacane), dans lequel elle déforme les codes du genre policier, Anouk Ricard donne ici toute la mesure de son humour dans une ambiance corporate* surréaliste, mais qui touche à l'universel. Un hit, pour sûr.






En librairie le 1er septembre.


* Si si, la loi Toubon autorise l'emploi du mot corporate.
Planches reproduites avec l'aimable autorisation des éditions Gallimard jeunesse.

jeudi 11 août 2011

Jeanine

de Matthias Picard
L'Association
144 pages


Je suis passé à côté lors de sa sortie en avril, mais je me suis rattrapé cet été. Je me suis laissé prendre par l'histoire de cette vieille pute, qui recèle nombre d'épisodes incroyables. Une nana de 64 ans, atteinte de sclérose en plaques         et qui a été, tour à tour, ange gardien, championne de natation, taularde, strip-teaseuse, égérie politique, écrivain... Et quoi d'autre?






Quelques parties de Jeanine ont été exposées dans la revue "Lapin" (du même éditeur) entre 2009 et 2010, mais ne m'avaient pas laissé entrevoir le potentiel du récit. En règle générale, je suis peu ébranlé par la bio ou l'autobiographie en bédé, souvent très bavarde et parfois indigeste. Mais Matthias Picard, dont c'est le premier ouvrage, a su distiller l'information pour laisser une véritable place au récit. La vie de Jeanine -très romanesque, ça aide- racontée comme un feuilleton.


L'auteur se met lui-même en scène, au fil d'entretiens très naturels avec la sympathique péripatéticienne, chez elle ou sur son(ses) lieu(x) de travail. La profession de celle-ci devient rapidement un arrière-plan au récit tant les virages s'enchaînent et surprennent le lecteur. Autant que l'auteur, qui les découvre en même temps que nous. C'est la relation complice entre lui et son "sujet" qui devient aussitôt le deuxième centre d'intérêt du livre. Jeanine évoque ses souvenirs de jeunesse, ses amours, ses premières années de trottoir, les rencontres et les histoires qui lui ont forgé son destin hors du commun.

L'album fait mouche sur tous les tableaux : c'est drôle et sensible, posé sans être lénifiant, direct sans être brut. Pas d'apitoiement ou de "ouilleouillouille, la vie c'est comme ça mon bon monsieur", juste un regard un peu naïf de quelqu'un qui ne mesure qu'en diagonale l'étrangeté et l'ampleur de son parcours de vie. Et pour une fois qu'on nous vend un "héros du quotidien" qui mérite son étiquette...


Un bel album, bien construit, qui fera forcément un best-seller puisque Jeanine (la vraie hein, elle existe) le tient d'une voyante. Confer le dernier épisode. Alors, faut acheter maintenant. Même si... ça lui rapportera rien, à elle. Monde de merde.



dimanche 17 juillet 2011

Tank Tankuro

Dessin de Chris Ware recouvrant le boîtier
de Gajo Sakamoto
Press Pop
256 pages




Paru pour la première fois en 1934, Tank Tankuro est réédité ce mois-ci par l'éditeur japonais Press Pop, en anglais. Considéré comme le premier robot-héros de l'histoire du manga, ancêtre d'Astro Boy, il méritait bien une édition soignée.










Plus encore que robot, l'éditeur évoque le fait que le personnage soit même le premier super-héros de l'univers graphique nippon. L'histoire se résume simplement : Tank est un robot créé pour combattre le méchant Kuro Kabuto, qui a eut la mauvaise idée d'attaquer le Japon. 
Si résumer ainsi le livre laisse penser qu'il est empreint d'un patriotisme connu pour être aveugle, pas du tout. L'auteur y diffuse un message pacifiste, dénonçant l'absurdité de la guerre par l'humour, l'innocence et l'excentricité. Ce qui ne devait pas être simple à cette époque sans se faire traiter de lopette antinationaliste.

Forcément, le trait date un peu, mais l'aspect patrimonial est indéniable, d'autant que le livre, égaré dans les méandres de la Seconde Guerre mondiale, avait disparu depuis cette époque. Même si c'est Chris Ware qui signe le graphisme de la boîte et de la couverture de cette édition, on peut regretter un lettrage assez moche et un travail sur les images qui aurait mérité d'être plus poussé.


Photo : librairie / Drawn & Quarterly / bookstore


Plus d'images, de beaux livres et de beaux objets sur le site de Press Pop. Bon courage pour trouver un libraire qui en importe en France. Mais il y a fort à parier qu'un éditeur français soit déjà sur le coup pour une adaptation en VF... Rendez-vous l'année prochaine, Sakamoto-san?


Photo : librairie / Drawn & Quarterly / bookstore



lundi 27 juin 2011

Mizuki et les yôkaï



À l'occasion de la sortie de Onward towards our noble deaths chez l'éditeur canadien Drawn & Quarterly (Opération Mort, éditions Cornélius, 2008, pour l'édition française) Marco Werman est allé interviewer Shigeru Mizuki, un des derniers maîtres historiques du manga (ou du gekiga, devrais-je dire) encore en activité.
L'histoire date de 1973 et relate l'expérience qu'a vécue l'auteur/soldat en Nouvelle Guinée pendant la seconde guerre mondiale. Période pendant laquelle il a perdu son bras gauche lors d'un bombardement ; ce qui impressionne toujours quand on connaît la mesure de sa production.


L'extrait ci-dessous ne concerne que les yôkaï, ces esprits du folklore japonais, et leur place dans la société japonaise. Spécialité de l'auteur, il leur a consacré un dictionnaire dans les années 1990 (éditions Pika, deux tomes format manga assez moche).    






Pour l'intégralité de l'entretien, voyez sur le site de The World. Mizuki y exprime son désarroi concernant l'avenir de la société japonaise et sa consternation face à la platitude de la production de manga actuelle. Et si la chaleur annihile en vous toute volonté de lire de l'anglais, la version audio se trouve en bas du texte.


Cheers.



vendredi 24 juin 2011

Bernard Barracuda

de Valfret
Les Requins Marteaux
80 pages




Plongez dans l'univers sombre et sarcastique de Valfret. Certains le connaîtront à travers ses participations au Grand Papier, la plupart ne le connaîtront pas, vu que c'est son premier livre.
Et ça égratigne dans les coins.










Suite à un terrible accident, Bernard se retrouve dans un état proche de celui de la courgette : il ne parle plus, ne bouge plus, ne mange ni ne boit seul. Autour de lui s'affairent sa famille et le corps médical, persuadés de l'aider à poursuivre sa vie végétative dans les meilleures conditions. Faisant office tour à tour de confident, d'objet transitionnel et/ou de souffre-douleur, Bernard assiste, dans son silence paraplégique, au ballet incessant des bonnes volontés à son chevet. Une dévotion mal récompensée, vu que ce petit ingrat ne fait même pas l'effort de leur en être reconnaissant.


J'avoue avoir été un brin freiné par le dessin et le découpage, mais une fois les premières pages tournées, le rictus s'affichant au coin de mes lèvres m'a fait me dire : "Tiens, ça faisait longtemps. C'est horrible. J'aime bien". Un deuxième degré bien tanké, tant les saloperies et les horreurs dont Bernard est le catalyseur sont surréalistes. Et c'est peut-être là que l'alchimie opère : un livre à l'humour aussi noir que le trait est enfantin, qui rallume la petite flamme de perversité ordinaire qui est en chacun de nous (si, si). Vous savez, la même qui vous faisait rire quand vous entendiez François Feldman chauffer le public du Téléthon en 1996...


Découvrez également les dessins de l'auteur, la Beauté des choses bêtes ou la Bêtise des choses belles. Y'a peu à lire, ça repose les yeux.



 

En librairie depuis le 1er juin. Sauvons les Requins Marteaux.

dimanche 19 juin 2011

Les Cahiers de l'Articho n°3

Collectif
avec
 John Broadley, Gwénola Carrère, Chamo, Roger
Duvoisin, Eboy, Espen Friberg, Grégol et Poluar, Martin Jarrie, Mattt Konture, Vincent Mathy, Moolinex, Massin, Lamelos, Liliféfé, 100% Orange, Ron Régé Jr, Remed, Jotto Seibold, Seripop, Yassine....

Édité par En Marge




Après un premier numéro consacré aux scènes graphiques belge et française, un magnifique deuxième traitant du caca, l'Articho nous livre ce mois de juin un troisième cahier, qui explore la typographie et les alphabets dessinés. Les auteurs conviés à participer en livrent leur version. 

John Broadley



"Les Cahiers" sont l'occasion de découvrir des auteurs de la scène contemporaine française et internationale, d'univers et de pratiques différentes : dessinateurs, graphistes, illustrateurs, street artists, affichistes. 



Ces pages sont accompagnées d'un texte de Massin et d'illustrations retraçant l'histoire des arts graphiques. Le gars connaît la question, il est l'auteur du livre la Lettre et l'image (éditions Gallimard), référence de poids (1,700 kilo) sur la question du rapport de la lettre... 

à l'image. 
Petit bonus : la jaquette de ce numéro, une fois dépliée, offre un joli alphabet qui sera du plus bel effet dans les toilettes ou dans la chambre du p'tit. 


Vincent Mathy


Une fois encore, pour célébrer la sortie, qui aura lieu en librairie le 29 juin, l'association l'Articho organise une sauterie. Une sorte de... Articho shower, qui aura lieu le vendredi 24 juin sur une péniche garée sur le canal de l'Ourcq, Paris 19.


Les infos pratiques sont ci-dessous. Si vous n'habitez pas Paris, c'est moche, mais tant pis pour vous.









Ça se passera là :





Sinon, vous pouvez aussi commander là.



mercredi 15 juin 2011

Mes recettes à emporter

d'Isabelle Boinot
éditions IMHO
96 pages




Après Prego et Sumimasen 
(éditions En marge, 2010) carnets de voyage fourre-tout en fac-similé, Isabelle Boinot change de crèmerie pour nous servir Mes recettes à emporter, petit livre de recettes dessinées.









Si la couverture du livre rappelle ses deux derniers carnets (l'étiquette de livre d'école devenue marque de fabrique), le contenu est tout autre : de la cuisine simple, sensible et atypique. 26 recettes sont dessinées par l'auteur, pas à pas, comme dans un vrai livre de cuisine. Cependant, nous ne sommes pas dans un enième volume d'une collection sur les verrines au steak haché ou les livres à thème, pour lesquels les auteurs s'arrachent les cheveux en se demandant très sérieusement "mais que faire avec du Nutella ?!?" pour remplir leurs 64 pages de recettes. Nan.




Bien au contraire, on sent qu'Isabelle nous cause des trucs qu'elle aime et qui ne sont pas trop prise de tête à réaliser. Comme des recettes qu'on donnerait à une copine parce qu'on la trouve trop bonne (la recette). Donc, en achetant ce livre, on devient tous des copines d'Isabelle Boinot. D'inspiration "cuisine du monde", idéales pour le pique-nique, les recettes se déclinent en sucré, en salé et en moyen de transport à fabriquer soi-même. Le format (13x19 cm) et la couverture cartonnée font de ce carnet de recette un objet vraiment intime, qui donne envie de le trimballer dans son sac à dos pour le faire partager.


Isabelle Boinot est une artiste protéiforme : dessin, photographie, collage, couture, elle expose fréquemment en France et à l'étranger. Elle est également illustratrice pour la presse (les Inrocks, XXI, le Tigre) et professeur de dessin. Bref, une dessinatrice inclassable et difficile à caser en librairie. Vous pouvez découvrir ses travaux et ses publications sur son site perso.


À l'occasion de la sortie de Mes recettes à emporter, l'auteur propose un doggy draw le 18 juin à 18h chez La Cocotte, librairie-poulailler du onzième arrondissement parisien. On pourra y faire un miam et se faire dédicacer le bouquin.
En librairie depuis le 1er juin.


Itadakimasu !


   

jeudi 9 juin 2011

Publicité 3










J'ai hululé tout le bien que je pensais du premier opus édité par les éditions 2024, les Derniers dinosaures, aussi avais-je décidé de garder un oeil ouvert sur leurs prochaines productions.
Si Les aventures intersidérantes de Jean-Pierre Vortex sont classées dans la catégorie Publicité, c'est parce qu'elles relèvent davantage du goodies que de la bédé. Mais, cela dit, les histoires les plus courtes sont parfois les meilleures.


Sur le principe d'une historiette en boucle, chacune des cartes relatant les péripéties de Jean-Pierre se déplie, se redéplie, se reredéplie pour se réinventer sans cesse. Avis aux fans de livre à système* et/ou d'origami qui doivent se racheter d'une saint-Valentin ratée (à moindre frais). Faites rêver votre concubin(e) avec la Porte du mystère, le Long voyage vers Pluton et Gazons la pelouse !




Les aventures intersidérantes de Jean-Pierre Vortex #1
Dessins de Sylvain Moizie.
3 cartes postales 10x15 cm.
Déjà dispo.
#2 à paraître en juin.


* Oui, madame, monsieur, la loi Toubon nous oblige à dire "livre à système" et non "livre pop up". 

lundi 23 mai 2011

Delcourt a 25 ans

À l'occasion de son anniv, Delcourt réédite en mai douze titres de son énorme catalogue en version un peu luxe : formats réhaussés, albums cartonnés, beau papier et de la sobriété dans le choix graphique. On imagine la difficulté pour l'équipe de choisir ces quelques titres, au détriment de tant d'autres.



Petite sélection dans la 
sélection...


Pourtant, si la priorité semble avoir été donnée à la réédition d'albums en one-shot ou d'intégrales de trilogie, apparaissent parmi les élus le tome 10 de Donjon Monsters de Sfar, Trondheim et Bézian et l'Origine de Marc-Antoine Mathieu (premier opus des aventures de Julius Corentin Acquefacques). Étrange de ne prendre qu'un seul tome d'une série...


Bon, au rayon qui nous intéresse, notons le retour de From Hell, de Moore et Campbell, fresque du Londres de l'époque victorienne retraçant de façon magistrale et très documentée l'énigme entourant Jack l'éventreur. Un must-have, comme à peu près tous les albums scénarisés ou livres écrits par ce génie mégalo qu'est Alan Moore (c'est complètement subjectif, bien entendu).




Réunir une trilogie en un album, voilà une idée éditoriale digne d'un anniv ! Le lecteur   dit merci, harassé par tant de séries qu'il ne parvenait plus à compléter, à cause des passages répétés du huissier qui vient lui en reprendre les premiers tomes, à cause qu'il n'arrive plus à payer les traites de la maison.
C'est chose faite pour Ayako du maître Tezuka, énorme histoire de famille dans la déchéance du Japon d'après-guerre, et New-York trilogie de Eisner, dont on ne parlera   
pas ici.





Mais y'a pas que les monstres sacrés dans la vie, y'a aussi les ptits gars de chez nous qui font le poloche bien bien. Citons Trois ombres de Cyril Pedrosa, parce que c'est une jolie allégorie, sensible et touchante et que le gars sait dessiner (la couverture n'est pas celle de la réédition, mais c'est la faute à Delcourt). Citons ensuite Pourquoi j'ai tué Pierre, d'Alfred et Olivier Ka. Dans mes souvenirs, c'est autobiographique et, même si j'ai été déçu de l'épilogue façon "roman photo", l'histoire est assez poignante et le dessin est très beau. Une illustration de ce qui pouvait arriver aux petits garçons qui partaient en colo avec des curés barbus, même s'ils avaient l'air gentil, et les conséquences à long terme de ce que vous pouvez imaginer.


Forcément, on peut penser qu'une telle sélection fera des mécontents, tant elle laisse de côté de grands noms de la bédé. Par exemple, personnellement, j'ai un faible pour la collection "Outsider" qui présente quelques auteurs de la bédé indé US. Mais c'est ainsi, douze titres, et pas plus, pour cet anniversaire. Au-delà du choix des œuvres, je regrette davantage le fait que ces rééditions n'aient pas été "augmentées" de notes, d'appareil critique, de dessins ou de commentaires... La forme a un peu changé, mais vraiment très peu. Jusqu'au visuel de couverture qui reste le même, agrémentée de la mention "Delcourt 25 ans" dont on aurait pu se passer. Je trouve cela un peu tiède pour des éditions "prestige".
L'éditeur remettra ça à la rentrée de septembre pour quelques albums grands formats en version collector, tirés à 2000 ex : Sillage 14, Okko 7, Jour J 7, De cape et de crocs 10, Golden City 9 et le Chant des Stryges 14... Bon.


Toute cette année 2011 sera émaillée de festivités (expositions au centre belge de la BD et au festival de BD de Lausanne, événement au festival du Quai des bulles de Saint-Malo) dont vous trouverez le détail, et même plus, .

vendredi 20 mai 2011

Il faut sauver les Requins Marteaux

Décidément, 2011 commence mochement pour les éditeurs de bédés indépendants... Je viens de recevoir un mail des Requins Marteaux. Édifiant. Stupeflippant. Sont comme qui dirait sur la corde raide. Malgré un beau catalogue et quelques succès (l'excellent Pinocchio de Winshluss en tête...), les Requins ont une production particulière, un peu underground et arty par-ci, un peu musicale par-là, complètement décadente et certainement pas grand public. 
Oui, mais voilà, la qualité et l'exigence ont un prix : le risque de banqueroute. Et c'est tout l'enjeu du message qui suit, direct du QG des Requins Marteaux, retranscrit dans sa totalité.
Sauvons les espèces en danger !


Bonjour à toutes et à tous !

J'espère que vous allez bien. Si je m'adresse à vous aujourd'hui c'est pour vous annoncer une bonne et une mauvaise nouvelle.


Commençons par la bonne... Et bien, la bonne c'est que nous sommes installés sur Bordeaux depuis plus de deux mois et que tout se passe à ravir. L'équipe est en pleine forme, nous avons endigué toutes les dépressions nerveuses et les tentatives de suicide se font de plus en plus rares... C'est sûrement dû à la proximité de la mer !

La ville est accueillante et il n'a fallu que quelques semaines pour s’intégrer au dynamisme culturel bordelais. J'en veux pour preuve l'exposition d'Amandine Urruty à la Mauvaise Réputation qui a pété tous les scores en terme de fréquentation. La première édition de la FMAC 33 (Fondation Meroll pour l’Art Contemporain en Gironde) à la librairie Mollat aura marqué à n’en pas douter les cœurs et les esprits… Il devrait en être de même lors de la future projection de Villemolle 81, notre dernier long métrage, qui sera organisé le 9 juin à l'Utopia.

La mauvaise, vous vous en doutez peut-être déjà c'est que nous sommes dans une sale passe... On peut invoquer pas mal de raisons, la crise qui touche le secteur, des livres de qualité certes mais difficiles et quelque peu onéreux… Mais c’est comme ça ! On aime chacun de nos bouquins et nous sommes extrêmement fiers de ce catalogue qui donne tant de sueurs froides à nos représentants et si peu de satisfaction à notre banquier.

Comment nous en sortir alors ? Nous sommes en train d’explorer plusieurs pistes. Premièrement, il est hors de question de couiner en vous demandant de faire des dons à notre gentille association. Non ! Non ! et re-non!
Pour régler notre problème de trésorerie, qui s’élève tout de même à plus 60 000 € (oui, 60 000), nous allons vous mettre face à vos responsabilités chers amies et amis des Requins Marteaux !
Car ces 60 000€ nous les avons! Nous les avons sous forme de livresde t-shirts et autres bienfaits de la société de consommation. Vous les achetez ? Nous sommes sauvés ! Vous les achetez pas, et bien les Requins Marteaux finissent comme Jimi Hendrix!

Après tout pourquoi pas ? Bon je dis ça mais en même temps, non pas que ça me dérange de mourir dans du vomi et des supers accords de guitare, mais ça me briserait sérieusement les noisettes de fermer boutique !
Alors voilà, tout ce que j’ai à vous offrir, c’est une win-win situation !

Vous achetez nos trucs, on continue d’exister et du coup vous pouvez continuer d’acheter nos trucs et peut-être même vos enfants peuvent à leur tour acheter nos trucs et comme ça tout le monde est content ! Faites ce geste simple et nous serons sauvés… mais pour l’instant tout ce que je peux vous promettre ce sont des larmes et de la sangria !

Dans les jours et semaines à venir, les Requins Marteaux vont vous proposer un nombre impressionnant d’opérations commerciales destinées à renflouer nos caisses. Ventes de livres, d’originaux, projections de films, conférences, concerts, visites surprises chez nos amis libraires Bisous  et patati et patata ! (vous pouvez déjà télécharger notre affiche de soutien ici  et la placarder chez vous ou la distribuer dans la  rue)

Voilà! D'ici quelques mois nous saurons si une activité originale comme la nôtre a encore lieu d'être en 2011.
Et c’est VOUS qui allez en décider… Alors quelle qu'en soit l'issue, tout ceci se terminera dans une Méga Fiesta dont j'ai le secret dans un endroit connu de moi seul !

Bonne chance à nous tous et big bibi de la part de…


FRANKY




Donc moi, je serais vous, j'irais retirer mon épargne retraite à la première vieille dame venue (à la sortie de la Poste en début de mois, ça paie toujours) et je jetterais un oeil au catalogue.
Quelques conseils pratiques :


- Robinet d'amour, d'Amandine Urruty (même si je déteste les filles qui ont du talent)
- Les affaires reprennent, de Morvandiau (même si j'ai horreur des bretons)
- l'Oeil privé, de Blex Bolex (même si j'abhorre les pseudo en -ex)
- RUT, de Yann Taillefer (parce que c'est pas cher pour c'que c'est beau)
- Monsieur Ferraille, de Winschluss et Cizo (si vous arrivez à le trouver, parce que ça tue)
- Supermurgeman, de Mathieu Sapin (parce que merde, quoi)
- la Revanche des palmipèdes, de Martes Bathori (rien que pour les crises d'épilepsie qu'on se tape à lire ses bouquins)
- le Futur est derrière nous..., du Gentil garçon et Morgan Navarro (parce que)
- le Goût du Paradis, de Nine Antico (parce qu'on a tous tous une petite fille à l'intérieur de nous)
- La collection BD Cul, bien sûr, en totalité - 3 tomes pour l'instant (parce qu'on veut lire la suite!)


Et pis oh eh ! J'ai pas tout lu non plus. Et faut que je retourne faire la manche pour me payer Villemolle...

lundi 9 mai 2011

L'arme X - Dossier Serval


"Bon, J'ai gardé tes merdes pendant des années parce que c'était mon devoir 
de mère. Maintenant, tu récupères tes vieux bouquins ou je bazarde tout à la poubelle. Je fais de la place pour faire une VRAIE chambre d'ami.
- De quels bouquins tu parles ?
- Tes Picsou et tes trucs américains, X Men et compagnie.
- QUOI !? Mes Picsou hors-série la Jeunesse de Picsou dessinés par Don Rosa, ma collec' de Strange, le travail de toute une VIE !? Tu f'rais pas ça maman... m'man (voix chevrotante)... tu vas pas briser notre magnifique relation mère-fils pour une... chambre d'ami ? Hein ?
- Tu as une semaine. 
- Je prends le premier vol pour Lann-Bihoué... ingrate."




L'arme X 
de Barry Windsor-Smith
SEMIC
1992
120 pages













Dossier Serval 
de Larry Hama (scénario)
et Marc Silvestri (dessin)
SEMIC
1993
36 pages





Il y a un sentiment bien particulier, que j'imagine être commun à tous les bibliophiles un peu pinailleurs, à retrouver un vieux trésor de jeunesse enfoui dans des cartons de déménagements oubliés. Joie ? Nostalgie ? Nan, c'est plus complexe. L'expérience de la relecture à quelque chose du voyage dans le temps.


C'est ce sentiment que j'ai éprouvé quand j'ai remis la main sur ma collec' de Serval/ Wolverine :  cette excitation qui m'avait poussé à les chercher, numéro après numéro, jusqu'à il y a quelques années, parfois au prix de grandes déceptions. J'ai perdu les enchères sur ebay pour le numéro 1 à plusieurs reprises, à cause des échéances ou de l'envolé des prix (une fois, il avait dépassé les 350 balles. 350 balles !!!). 


Tout ça pour dire que je retrouvai aussi les deux albums RCM (récit complet Marvel) consacrés au personnage le plus emblématique et le plus ténébreux de la sympathique troupe des X Men : Wolverine, Serval in french, aka Logan, aka Le Borgne.





L'arme X explore la partie la plus sombre du personnage, sa genèse : l'expérience menée par le gouvernement américain visant à faire de Logan, un mutant virtuellement immortel, la machine à tuer absolue. Le récit, sombre et sanglant, se décompose en plusieurs strates, entre expérience, flashbacks et hallucinations. Il emporte avec lui quelque chose de Frankenstein à la sauce hi-tech, l'horrible création finissant par se retourner contre son maître.


BWS arrive à créer une ambiance réellement noire, pleine de désespoir, faisant tout à tour entrer et sortir le lecteur de la psyché du cobaye. On compatit, forcément, avec la marionnette et on souhaite qu'elle déchire tous ses ennemis jusqu'au dernier. Surtout le professeur chauve et maigrichon qui est vraiment le plus méchant des supervilains (et pourtant, il a des lunettes).


Fait assez rare dans l'industrie Marvel, BWS est seul aux commandes de son histoire (scénario, dessin, couleur), ce qui en fait un objet d'une grande cohérence graphique et narrative.


Pour ce qui est du Dossier Serval, sa présence ici est davantage anecdotique. D'abord parce qu'il complète l'Arme X, ensuite parce qu'il est de facture plus "classique" (nombre de pages, découpage, etc.). Logan y revient dans la province d'Alberta, Canada, sur les lieux où il a été victime de l'expérience qui lui a donné l'adamantium (métal le plus résistant du monde, je le rappelle) qui recouvre ses os et ses griffes. Ne sachant plus vraiment ce qui lui est arrivé (à cause des implants neuros qui lui ont été posés pour effacer sa mémoire et le contrôler, je le rappelle), il demande au professeur Xavier de sonder son inconscient, même si ça fait peur. Il voyage alors de souvenirs en souvenirs sans savoir ce qui relève de la réalité de sa vie passée ou de la manipulation scientifique. Comprendre que l'amour de sa vie (Silver Fox) n'est qu'un souvenir implanté par un savant fou, ça a de quoi vous faire péter les plombs.




Voilà, c'était mon quart d'heure nostalgique. J'ai quinze ans, j'me rappelle.
J'ai quinze ans et j'veux un scooter.